Boiron, le spécialiste de l’homéopathie


Ils sont jumeaux, ont toujours eu une passion pour la science et sont des légendes dans leur domaine, qui sont-ils ? Les frères Bogdanoff ? Non, Henri et Jean Boiron ! Nous sommes en 1930. Fraîchement diplômés d’un doctorat de sciences, les deux frères croisent sur leur chemin René Baudry, éminent pharmacien spécialisé dans un domaine encore méconnu : l’homéopathie.

Boiron et l’esprit de famille 

Séduit par leur intelligence et leur caractère d’entrepreneurs, René Baudry confie à ses deux protégés le développement de ses laboratoires à Paris et à Lyon. En 1965, c’est la reconnaissance. Jusqu’alors considérée comme une spécialité de marabouts, l’homéopathie est finalement adoubée par la Pharmacopée française et la Sécurité sociale accepte même son remboursement. Les tubes et des doses sont alors produits en quantités industrielles. Deux ans plus tard, Henri et Jean décident donc de réunifier leurs laboratoires sous leur nom. La nouvelle entité deviendra le leader mondial de l’homéopathie. Mais aussi géant soit-il, le groupe Boiron se devait de rester familial. Aujourd’hui détenu à 51 % par les héritiers de son fondateur, le groupe est gouverné par Christian Boiron et son frère Thierry. La fille cadette de Christian est même chargée du marketing opérationnel. Chez les Boiron, l’homéopathie est avant tout une affaire de famille.

Homéopathie ou homéopathétique ?

Quand la première bise survient, Boiron ne s’en trouve jamais dépourvu. Et pour cause : chaque hiver, dans le hit-parade des pharmacies, Oscillococcinum se retrouve en tête des charts à grand renfort de campagnes publicitaires. Six Français sur dix ont déjà pris au moins dans leur vie ces granules censées lutter contre les premiers signes de la grippe. « Aussitôt avec Oscillococcinum », Boiron gagne près deux milliards d’euros. Une véritable poule aux oeufs d’or ! Alors quand un beau jour, un blogueur italien sceptique décide de mettre son nez dans ses tubes à essai, Boiron a du mal à avaler la pilule. D’autant que l’anti-homéopathique de 28 ans révèle plusieurs découvertes étonnantes.
 
Pour bien les comprendre, il faut savoir que l’homéopathie fonctionne selon le bon vieux principe (datant de 1755) de soigner le mal par le mal. En avalant ces petites granules, une personne inocule la maladie en faible dose afin que ses défenses immunitaires se mettent en route et tuent le véritable virus sur le point de sévir. Sur le papier, l’idée a de quoi guérir. Mais lorsque l’on remonte aux origines de l’Oscillococcinum, elle a peut-être de quoi faire sourire…. Au XIXe siècle, le chercheur Joseph Roy voit un microbe absolument partout. Son nom ? L’oscillocoque qui selon lui est responsable de la grippe, mais aussi du cancer. En analysant un foie de canard de Barbarie, le scientifique découvre qu’il en contient aussi. Il décide donc de créer des préparations homéopathiques à partir de ce foie, plus connu pour le goût généreux qu’il donne au magret et aux confits… L’Oscillococcinum, qui reprend aujourd’hui cette recette, serait-il donc qu’une poudre de perlimpinpin ? Pour répondre à cette question, Boiron n’a jamais perdu son latin et s’appuie sur des études cliniques. Le débat entre les anti et les pro homéopathiques est donc loin d’être tranché.
 

Boiron, représentant de la « big pharma »

Et ce scepticisme n’est pas uniquement franco-français ! C’est d’ailleurs en Amérique du Nord que l’on refuse le plus d’ingérer des granules faites à partir de bêtes à plumes. Plusieurs « class action » aux Etats-Unis et au Canada ont même trainé Boiron devant les tribunaux pour publicité mensongère. Mais ces secousses ne font pas vaciller ce géant de l’homéopathie qui distribue ces médicaments dans près de 60 pays dans le monde. Si l’efficacité de l’Oscillococcinum est parfois remise en cause, Boiron sait qu’il peut également s’appuyer Coculine® (contre le mal des transports), Sédatif PC® (traitement contre l’anxiété) ou encore sur Homéoplasmine® (une crème contre les irritations de la peau) pour rester le leader de l’homéopathie dans le monde. Qu’importe les septiques de l’homéopathie, pour les laboratoires Boiron, les remèdes miracles sont déjà tout trouvés…