La Caisse d'Epargne, une banque "nouvelle définition"


Outre le fait qu'une caisse d'épargne est un terme général pour un établissement commun – gérant les fonds et accordant des prêts minimes à des particuliers exclusivement –, ce nom est devenu, en France, l'étendard officiel d'une enseigne bien connue, notamment pour sa mascotte.
 

La banque qui n'en était pas une : des débuts modestes

Initiative débutant modestement et de manière privée selon le bon vouloir du baron Joseph-Marie de Gérando – aidé de Benjamin Delessert et François de la Rochefoucauld – la première caisse d'épargne de mai 1818 avait pour but de donner un coup de fouet à l'épargne populaire dans une période d'inquiétudes et de faible pouvoir d'achat. Pour autant, la structure ne gagne pas l'adhésion d'un peuple aux moyens limités et peu enclin au vote de confiance envers un organisme sans garanties suffisantes. C'est comme bien souvent l’État qui changera la donne en prenant en charge ces mêmes garanties et en fixant les règles régissant les plafonds, entre autres.
 
La Caisse d'épargne devient alors les Caisses d'épargne, reconnues d'utilité publique à partir de 1835. Le livret d'épargne aura ainsi mis 18 ans à convaincre pour enfin rencontrer un franc succès, les Caisses d'épargne connaissant, elles, une croissance exponentielle pendant un siècle, sous la tutelle étatique de la Caisse des Dépôts. Ce ne sera seulement qu'après 1984, bien plus tard donc, que la création des SOREFI (Sociétés régionales de financement) élargira les horizons de ces gestionnaires de fonds particuliers. Ce deuxième niveau de pyramide prenant en effet en charge l'épargne en dehors des formules gérées par l’État et assumant tout aussi bien les PEL (Plan d’épargne logement), les fonds et prêt aux collectivités, entreprises, et professionnels, que l'investissement sur les marchés. Dans le même mouvement, une Caisse nationale des caisses d'épargne et prévoyance (CENCEP) est placée au sommet de la pyramide, garantissant la bonne gestion ainsi que les fonds des plus petites structures. Aucune n'est cependant encore désignée sous l'appellation de « banque », originalité de l'enseigne s'il en est une.
 
 

Un développement aussi soudain que bref

 
Les nombreuses Caisses d'épargnes connaissent dès lors rapidement un regroupement et une restructuration, débouchant sur 35 caisses régionales absorbant les SOREFI et prenant enfin un statut de banques, dont il ne leur manquait plus que le nom. Une CNCE (Caisse nationale des caisses d'épargne) prend, dans le même mouvement, le relais de la CENCEP en tant qu'établissement à la fois bancaire et centralisateur. Ayant ainsi connu une évolution lente de prime abord, puis aussi accélérée que tardive, le groupe Caisse d'épargne est pourtant le premier en 2005 à lancer la rémunération des comptes courants à parti du premier euro. Élargissant la même année ses services, il entre également dans l'arène de la bancassurance en s'alliant les services de la Macif et de la MAIF. Ne ralentissant pas, les Caisses d'épargnes et les Banques Populaires décident de faire front commun en financement comme investissement, en fusionnant deux de leur filiales devenant, à terme, la décriée Natixis.
 

Une descente aux enfers interminable

Tout ceci semblait donc de bon augure. Il serait même possible de songer que le groupe, bien que se lançant récemment dans un milieu à la concurrence féroce, saurait en définitive, tirer son épingle du jeu. Cependant, et bien que la crise financière ait été d'envergure pour tous à partir de 2008, la Caisse d'épargne s'est enfoncée dans un marasme en grande partie dû à ses propres manquements. Annonçant des pertes de plus de 750 millions d'euros dès octobre 2008, des résultats inférieurs aux prévisions, mais surtout une perte de 450 millions de Natixis entraînant 8 millions supplémentaires de débit, ce sont quelques 2 milliards qui sont, enfin, perdus en 2009. Se rapprochant alors de la Banque Populaire par la force des choses, le nouveau groupe aurait peut-être pu trouver un second souffle, François Pérol à sa tête, d'autant plus avec la promesse de l’État d'injecter quelques 5 milliards d'euros dans son capital. Mais il n'aura fallu que quelques petites années à F.Pérol pour être mis en examen pour « prise illégale d'intérêts ».
 
Suite (et fin ?) de cette descente aux enfers : la commission bancaire condamne le groupe à une amende de 20 millions d'euros pour ses pertes et sa mauvaise gestion de 2008. Natixis, de son côté, subit de plein fouet la crise des subprimes américaine, perdant 96.12 % de sa valeur d'action. Cela a, bien évidemment, des conséquences sur le groupe nouvellement né, d'autant plus qu'un investissement du nom de « Doubl'Ô » suscite l'ire d'investisseurs poursuivant la banque pour publicité mensongère et manquement à son devoir d'information et conseil. Enfin, toujours en 2009 – année noire pour l'enseigne – plusieurs Caisses d'épargne sont assignées et condamnées pour ces mêmes faits, mais également poursuivies du fait de l'usage de centaines de millions d'euros débités sur les comptes de personnes endettés. Se maintenant à flot aux dépends de ceux ne pouvant rembourser, les banques facturent des découverts au dessus du seuil d'usure. Le groupe se met de ce fait en défaut face à la loi et encoure de graves peines en sus de devoir stopper ce type d'actions et de rembourser les personnes lésées. Sans parler de la simple éthique de telles pratiques.
 

L'espoir mince d'une reprise grâce à la solidité du groupe

Qu'il s'agisse de sa gestion ou de son management, la Caisse d'épargne subit ainsi de multiples condamnations jusqu'en 2014. Ayant massivement misé sur des marchés à risque tout en souhaitant par la suite se sauver via des actions frauduleuses, le groupe cherche encore à reprendre un essor qu'il lui sera peut-être difficile de trouver au regard de son déficit d'image et de confiance. Quand bien même la BPCE reste le deuxième groupe bancaire de France de par le rapprochement d'avec la Banque Populaire, tout est encore à reconstruire, peut-être d'ailleurs dans cet esprit de simplicité et de proximité de ses débuts. Opérant un récent et radical virage de communication et rangeant au placard l'écureuil, la banque se veut « nouvelle définition » et souhaite faire table rase du passé, resémantiser tout ce qui l'entoure.
 
Forte de ses 17 caisses régionales épaulées par les 19 Banques Populaires, toutes semblent dorénavant miser sur ce tableau pour leurs – tout de même – 36 millions de clients. Reste à savoir si elles sauront faire oublier leurs déboires. Mais force est de reconnaître que l'on se rappelle souvent uniquement de la dernière campagne de pub. Alors... très certainement.
 
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